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Les travaux dans le champ de l’ingénierie des connaissances défendent une approche dans laquelle la modélisation des connaissances (1) n’a pas pour but de remplacer les documents mais de faciliter leur accès, (2) est construite au fil de l’activité par les experts eux-mêmes plutôt que par un “ingénieur des connaissances” une fois pour toutes, (3) ne doit pas se faire au prix d’un nivellement du sens, mais doit tenir compte au contraire des divergences de points de vue.

 

Cette approche, très marginale à la fin des années 1990 et au début des années 2000, a bénéficié ensuite de la vague du Web participatif (dit “Web 2.0”), constituant une forme de reconnaissance a posteriori de ses principes. Ayant défrichée depuis plus de 15 ans cette voie de la participation qu’empruntent maintenant (timidement) l’ingénierie des connaissances et le Web sémantique, l’équipe, bien que réduite, peut profiter d’une certaine avance tant sur les architectures logicielles (REST, Map/Reduce, distribution), que théorique (herméneutique, sémiotique), conceptuelle (notion de “points de vue”) et méthodologique (prototypage itératif mais “pérenne”, ateliers, usages sur le temps long).

 

Les travaux sur le transfert des connaissances et sur la traçabilité à partir de l’activité quotidienne s’inscrivent dans le courant actuel de la gestion des connaissances s’intéressant à la traçabilité des actions (Mille, Champin, Abel, Barthès, Grundstein) et aux communautés d’apprentissage (Chanal, Wenger, Cohendet). Ce courant met en avant la production des connaissances à partir des interactions entre les acteurs que ce soit d’une même pratique ou autour d’une activité spécifique.

 

Actions de recherche

Instrumenter l'interprétation

L’un des points nodaux de notre positionnement en ingénierie des connaissances consiste à chercher une alternative aux “ontologies”. En leur préférant des "anthologies", nous pouvons inscrire nos travaux dans une autre tradition philosophique que celle habituellement associée à l’ingénierie des connaissances : la tradition “herméneutique”, celle de l’interprétation des textes. Cette inscription devrait nous permettre de positionner nos technologies par rapport aux “outils” millénaires issus de cette tradition, notamment la “concordance”. Ce travail théorique viendra renforcer nos liens avec la communauté qui se construit depuis deux ans autour de la “Philosophie du Web”.

Instrumenter la confiance

L’ingénierie des connaissances ne peut évacuer la question de la qualité des modèles qu’elle produit. Or, en dehors de toute certitude concernant leur vérité, l’usager de ces modèles doit prendre le risque de leur faire confiance. Et l’instrumentation numérique de la confiance reste un sujet extrêmement délicat.

La sociologie nous apprend d’abord que faire confiance à quelque chose revient toujours à faire confiance à quelqu’un, l’instrumentation de la confiance est donc liée à celle de l’authenticité. Or, établir l’authenticité d’une production numérique ne va pas de soi. La plupart des indices que relevaient les historiens et les philologues à l’intérieur des documents anciens n’existent plus dans les documents créées de manière numérique. Pour le numérique, la preuve d’origine est externe et cette preuve, si elle est incomparablement plus sûre, est aussi beaucoup plus fragile sur le long terme. Un sujet de thèse CIFRE (au sein de l’entreprise Lex Persona) porte sur l'articulation des usages, parfois fort anciens, en termes d’établissement de preuve avec les normes techniques et organisationnelles disponibles dans le domaine du numérique. Les résultats de cette thèse seront valorisés au sein du projet LEX4LAB.

Par ailleurs, la sociologie nous apprend qu’à la différence d’une confiance calculatrice qui voudrait minimiser les risques, la confiance est toujours une prise de risque, qui se construit dans le temps. En cela, cette orientation de recherche nous confère un positionnement original au sein de la thématique transversale de l'établissement autour de la gestion des risques.

Instrumenter la formation des experts

Nous nous intéressons à la formation dans les domaines d’expertise et de pratique complexe, où les connaissances de référence ne sont ni stabilisées ni unanimes, mais au contraire en évolution continue. Construire la règle est un excellent moyen de la comprendre, aussi les règles et les objets de l’action doivent être facilement commentés, mis en discussion et modifiés par les formateurs et acteurs du domaine  eux-mêmes. Pour cela, notre plateforme logicielle s'est enrichi d'un nouveau module : ARGILE (Architecture for Representations, Games, Interactions, and Learning among Experts), de manière à supporter la conception et la mise en œuvre de jeu sérieux participatifs et intensifs en connaissances.

Un objectif est que le groupe des concepteurs, venant des domaines métiers concernés, co-construisent les items et règles du jeu dans  une discussion permanente, sur un forum qui permet aussi de mentionner les éléments d’expérience (récit de cas…) dont sont issues les règles. Cette approche participative des règles se poursuit y compris et en particulier quand le jeu est utilisé, en intégrant les remarques et apports de joueurs ou des apprenants. Dans toutes ces occasions les différences d'interprétation, d'opinions et d'approches sont amenées à exprimer et à dialoguer.

L’approche suivie par l’équipe en matière de jeu sérieux va donc continuer à renforcer son caractère  original , montrant comment des travaux de l’équipe sur le Web Socio-sémantique permettent de résoudre certains problèmes de formation des experts. Dans le projet AIDCRISIS, pour la formation des acteurs aux situations de crise, des expérimentations ont lieu sur des spécifications de scénarios de jeu sérieux, associant des responsables formation du SAMU. 

Projets en cours

  • LEX4LAB – Outil collaboratif de gestion de la recherche scientifique à valeur probatoire. Projet en collaboration avec l'entreprise Lex Persona et le Cabinet Brandon, financé par le Fonds européen de développement régional et la Région Champagne-Ardenne, 2011-2014.
  • AIDCRISIS – Environnement de décision et d’apprentissage dans les situations de crise NRBC (nucléaire, radiologique, biologique ou chimique). Projet en collaboration avec l'URCA et l'Hôpital de Troyes, financé par le Contrat de projets état-région et la Région Champagne-Ardenne, 2011-2014.

Infrastructure logicielle

Les prototypes nécessaires à nos expérimentations sont pour la plupart pérennisés au sein de la « Suite Hypertopic » et diffusés sous forme de logiciels libres

Participants

Aurélien Bénel

Jean-Pierre Cahier

Nada Matta

François Rauscher

Eddie Soulier

Lorraine Tosi