
La contribution de l’équipe à la problématique STMR (Sciences et Technologies pour la Maîtrise des Risques) dans le cadre de l’ICD s’inscrit dans un champ de recherche et d’intervention centré sur l’analyse et la modélisation des déterminants organisationnels et humains de la maitrise/gestion des risques dans les systèmes sociotechniques complexes. Elle vise à produire des connaissances sur les mécanismes sociocognitifs et organisationnels qui peuvent être ponctuellement à l’origine de défaillances du système sociotechnique, mais qui dans le même temps contribuent à assurer sa fiabilité et sa robustesse. Elle s’attache en outre à définir les conditions technologiques et gestionnaires de la maitrise des risques et à les supporter via la conception de systèmes d’aide (à la prise de décision, au pilotage de l’action, à la coordination, au retour d’expérience, à la capitalisation des connaissances).
L’objectif global des travaux menés est de contribuer à la maîtrise des risques par la conception de système sociotechniques résilients, c’est-à-dire capables de répondre de manière adéquate à des perturbations endogènes (sous-parties du système) et exogènes (issues de l’environnement physique, organisationnel et social), et donc aptes à maintenir et à recouvrer dynamiquement un état stable, assimilable à un domaine de fonctionnement acceptable pour les différents acteurs concernés.
Les recherches menées dans l’équipe reposent sur un certain nombre de postulats généraux qui orientent la manière d’aborder la thématique STMR.
L’approche mise en uvre peut être décrite selon quatre dimensions complémentaires.

L’objectif est ici d’étudier dans quelle mesure certaines caractéristiques distinctives de la CMO (pas de canal visuel, asynchronie, anonymat, urgence dans la production des messages, etc.) peuvent induire du risque communicationnel. Deux formes de ce risque sont plus spécifiquement abordés : le risque relationnel, c’est-à-dire le risque qu’un message soit perçu comme agressif, et le risque d’inefficacité performative, c’est-à-dire le risque qu’un message numérique supposé performatif ne produise aucun effet. La mise en évidence des facteurs qui favorisent l’émergence de ce type de risque ou inversement des mécanismes qui permettent de les prévenir et/ou d’y remédier est particulièrement importante dans le contexte des situations les situations de prise de décision collective en environnement critique.
L’intérêt porté depuis quelques années aux émotions et à leur interaction avec la cognition dans le domaine des neurosciences cognitives s’est manifesté plus récemment dans le contexte de la conception des systèmes interactifs et plus particulièrement dans le rôle joué par les émotions dans la perception, le ressenti, et l’évaluation des épisodes d’interaction. Les différentes théories s’accordent en effet pour reconnaître aux émotions une dimension évaluative, aussi bien pour l’agent que pour celui ou celle qui les observe. Les recherches actuelles dans le domaine de l’interaction Homme-ordinateur et de l’interaction Homme-Homme médiatisée mettent donc l’accent sur la composante affective de cette interaction, qui avait été largement ignorée jusque là. L’objectif des recherches menées à Tech-CICO est de comprendre le rôle de l’affect comme antécédent, comme conséquence et comme médiateur de l’usage de la technologie, notamment dans les situations d’interaction avec des systèmes mixtes (réalité virtuelle et augmentée).
Les technologies sensibles au contexte font l’objet d’un intérêt grandissant, que ce soit d’un point de vue recherche ou commercial. Dans le même temps les dispositifs mobiles qui incorporent des fonctionnalités de géolocalisation GPS/GSM se sont répandus et sont communément utilisés afin de supporter la coordination entre acteurs dans différents contextes d’activité (travail, loisirs, éducation). Cette orientation conjointe a donné naissance à des applications mobiles qualifiées de sociales (social software) dont l’objectif est de fournir un support aux processus d’awareness contextuelle, de coordination et de communication entre individus en fournissant des informations sur l’état des utilisateurs (localisation, activités courantes, disponibilité,…) de manière par exemple à éviter les effets distracteurs induits par des interruptions indésirables. Afin d’étudier l’usage des informations de type awareness en mobilité nous intéressons aux usages émergents d’une application développée en collaboration avec un partenaire industriel et qui permet l’affichage de différents types d’information contextuelle entre partenaires d’un même groupe. Des méthodes spécifiques d’acquisition de données comportementales (verbales et non verbales) ont été développées et sont testées à cette occasion.
Une des perspectives du travail mené à Tech-CICO est d’étudier une approche de traçabilité et de capitalisation des connaissances intégrant aussi bien la connaissance produite dans une activité coopérative que son contexte de production. Cette capitalisation permet une réutilisation plus pertinente de la connaissance et de son interprétation afin d’en dégager les connaissances profondes qui régissent un comportement dans une organisation. Notre domaine privilégié reste la conception qui est une activité complexe où plusieurs enjeux doivent être considérés, mais de nouveaux domaines sont également investigués (arrêt de tranche dans le domaine du nucléaire, gestion de crise, développement durable).
Dans la lignée des travaux qui ont été réalisés dans l’équipe sur les communautés en ligne et les réseaux de santé, Tech-CICO a engagé récemment une recherche centrée sur le soutien social et plus particulièrement sur les supports permettant de le mettre en uvre. L’objectif est ici de contribuer aux recherches menées sur l’utilisation des technologies participatives liées à l’essor du Web 2.0. (notamment les forums thématiques modérés) en intervenant à trois niveaux : mise en place d’une démarche de recherche-action combinant sciences sociales et informatique ; définition d’un modèle opérant des activités de soutien social médiatisé ; développement de services innovants basés sur les points précédents. La réalisation de cet objectif passe par la mise en uvre d’une approche transdiciplinaire combinant les apports de la linguistique, de la sociologie, de la psychologie et de l’informatique.
La tendance générale à la décontextualisation de la connaissance, de l’action et la communication fait courir aux grands systèmes techniques dynamiques des risques importants. Il est donc important de considérer la question du traitement de la signification dans la décision en contexte (cf. les travaux autour du sensemaking et des High Reliability Organization) afin de définir des solutions organisationnelles et technologiques qui permettent de limiter ces effets négatifs. Nous réalisons ou avons réalisé dans ce cadre des études dans le domaine des micro-collectifs (conduite automobile) et des collectifs plus étendus (domaine militaire et conduite de centrales nucléaires) centrées sur les modalités d’alignement des représentations entre agents et sur la définition de méthodes de raisonnement face à des événements imprévus.
L’objectif est de vérifier l’hypothèse selon laquelle les méthodes et les outils du Web socio-sémantique que nous proposons depuis plusieurs années (en particulier les modèles KBM et Hypertopic, à travers l’outil Agoræ) peuvent faire l’objet d’une appropriation plus ou moins rapide, par des experts ou des utilisateurs confrontés à des activités collectives de prise de décision complexes, multi-critères et/ou controversées, dans des domaines comme l’énergie, l’environnement, le développement durable, le choix de technologies, etc., où peuvent coexister simultanément différents systèmes de représentation et divers systèmes de valeur. Ce thème est étroitement articulé avec la question du renouvellement des approches classiques de capitalisation des connaissances.
Dans l’optique de la gestion du risque, il est nécessaire de pouvoir traiter efficacement les conflits qui surgissent, par exemple lors des crises entre les interprétations et les visions « experts ». Un verrou important de la co-construction des connaissances concerne la méthode – avec les outils conceptuels et informatiques associés - à utiliser dans la tout première « phase d’amorçage » d’une carte multi-points de vue centrée sur une collection d’items, au sens du modèle Hypertopic. Dans cette plage temporelle décisive, personne dans le groupe initial ne sait même encore précisément quelle est la collection d’objets qui doit être considérée, ou bien les avis divergent sur la conception de la collection considérée. L’outillage conceptuel à mettre en place en support de la méthodologie proposée doit permettre d’approfondir et de développer théoriquement le potentiel du modèle Hypertopic, notamment par le recours à des notions de point de vue, de thèmes et de relations de ce modèle pour relier et comparer les alternatives en présence, et cartographier la conception en phase primo-initiale de simultanéité d’activité individuelle et d’activité collective.
L’objectif est de documenter empiriquement les formes de coopération spécifiques à la co-construction à distance des systèmes d’organisation des connaissances (SOC) pleinement hybrides, donnant toutes leur place aux ontologies sémiotiques en vue de définir des supports à cette activité. En particulier ces méthodes doivent permettre d’associer d’un côté les approches descendantes (top-down) des schémas de classifications, thésaurus, ontologies formelles et classifications à facettes (éprouvés mais peu évolutifs) reconnus par les institutions, et d’un autre côté les approches ascendantes (ontologies sémiotiques, folksonomies c'est-à-dire les systèmes de « taguage » de type Web 2.0) qui permettent aux acteurs de faire remonter rapidement les nouveaux thèmes apparaissant dans les problématiques émergentes des praticiens sur le terrain, dans les apports théoriques de nouveaux experts, ou venant de disciplines scientifiques complémentaires, etc. Ces études permettent d’espérer approcher et préciser des facteurs élémentaires constitutifs de la co-construction du sens et de la confiance au sein de communautés, et de mieux comprendre certains mécanismes élémentaires (sémiotiques, relationnels et sociaux) participant à cette activité « socio sémantique ».